A l'origine, 7 troubadours

A la Toussaint 1323, sept personnages, que l'on nomme depuis "les sept troubadours", mais qui étaient un damoiseau, Bernard de Panassac, un habitant du Bourg de Toulouse, deux changeurs, deux marchands, et un notaire, se réunirent avec les capitouls pour créer un concours de poésie, doté d'une violette d'or que les capitouls s'engagèrent à payer. Ce prix fut donné pour la première fois le 3 mai 1324.

 

Les suites de ce premier concours ne sont connues que trente ans après. Le caractère ludique n'a pas disparu, mais les Sept ont transformé ce qui n'était guère qu'un patronage en un véritable magistère, sous la forme gaiment simulée d'une institution universitaire, avec un chancelier, un bedeau-notaire et un massier. Deux nouvelles fleurs sont au concours, l' « églantine » (probablement une ancolie) et le souci. On charge le chancelier, Guillaume Molinier, de fixer par écrit les règles de la rhétorique et de l'art poétique. Il s'en acquitta en rédigeant un copieux ouvrage, précieux par les exemples qu'il donne, qui fournissent parfois des allusions aux préoccupations de l'époque (1356). Le siècle s'achève sur les derniers lauréats de langue d'oc.

 

Les comptes de la ville de Toulouse pour l'exercice 1388-1389 font état d'une dépense de dix sols payés à un peintre pour "l'inscription de dame Clémence":

 

"Item a pagat a Jacmes Mostier, pintre, per far le pitafle del portal de la gran porta e le pitafle de dama Clemensa, come apar per lo mandament que monta: X sols."

 

Plusieurs textes généralement liés aux comptes municipaux font état, au début du seizième siècle, de libéralités de cette dame Clémence et lui attribuent une fondation pour le paiement de trois fleurs annuelles, la violette, l'églantine et le souci.

 

Au cours du siècle, cette dame Clémence deviendra Clémence Isaure. Son gisant, relevé du cimetière de la Daurade, puis remanié avant 1549, après avoir orné le Consistoire, puis le salon octogone du Capitole où se réunissaient les mainteneurs jusqu'à la fin du XIXe siècle, domine de nos jours la salle des conférences de l'Hôtel d'Assézat.

 Le Collège de rhétorique

 Le seizième siècle verra la disparition de la poésie occitane : les derniers poèmes en oc seront couronnés en 1513. Les Sept du Gai Saber sont devenus le Collège de la Gaie science, puis le Collège de rhétorique.

 

Les travaux de la compagnie sont connus par le Livre rouge, qui conserve, après une lacune initiale, les compte-rendus des séances de 1513 à 1641 et les pièces primées.

 

Avec le temps, les mainteneurs seront de plus en plus cooptés parmi les membres du Parlement, qui auront souvent à s'opposer à une désignation par les capitouls, en se prévalant d'un testament de Clémence Isaure qui ne sera jamais montré. Les capitouls ne pouvaient guère le contester, puisqu'il leur permettait de garder dans leur budget un petit chapitre ludique qui échappait à la rigueur du fisc royal.

 

Le Collège décerna des récompense exceptionnelles à des poètes de renom, comme Baïf, Maynard, Ronsard ou Robert Garnier, et recruta toujours quelques hommes de lettres à côté des hommes de loi.

 

Les poèmes récompensés pendant cette période sont entachés d'un académisme pesant. Les formes en sont le Chant royal et l'Ode, le style un véritable amphigouri.

 

De cette époque date un cérémonial dont la plupart des éléments subsistent de nos jours. Le 1er avril a lieu la Semonce, au cours de laquelle les membres du Collège somment les Capitouls (la municipalité) de faire les frais de la fête. Ceux-ci répondent qu'ils « feront leur devoir ». Le 3 mai sont distribuées les trois fleurs et reçus maîtres les poètes qui ont été récompensés trois fois. Les fleurs ont été déposées à l'église de Notre-Dame de la Daurade, d'où elles sont amenées au Capitole en procession.

 

En 1549 apparaît une ballade de Pierre de Saint-Aignan sur l'épitaphe de Clémence Isaure, et en 1557 un sonnet de Pierre de Garros lui est dédié. Mais son éloge ne deviendra rituel qu'au XVIIe siècle, et sera laissé à un étudiant, qui le prononcera parfois en latin. A la suite des troubles qui mettront la ville à feu et à sang en 1562 apparaît l'ode à la Vierge.

 

Les membres du Collège donnèrent par ailleurs l'exemple de la sérénité. Les Jeux ne furent supprimés et les fleurs déposées près des Corps saints de St-Sernin que trois fois au cours du siècle. Deux mainteneurs furent victimes de la  populace : Jean de Coras pour les protestants et Étienne Duranti pour les catholiques.

 

Le XVIIe siècle pousse l'académisme jusqu'au ridicule. Les fleurs ne récompensent que le Chant royal ; l'éloge de Clémence Isaure ne gagne rien à être rituel, et n'a d'ailleurs pas les honneurs du Livre rouge. A cette médiocrité fait pendant un cérémonial excessif, pimenté de querelles de préséance. A côté de l'élection apparaissent les résignations et les survivances. Le jugement, par ailleurs, est l'aboutissement de trois jours de banquets et de beuveries.

 L'Académie

 Par lettres patentes du 26 septembre 1694 était créée une académie de 36 mainteneurs qui par la suite devinrent quarante, et de maîtres de l'un et l'autre sexe, chargés de perpétuer les traditions remontant à 1323, mais aussi de se consacrer à des travaux réguliers.

 

L'Académie conserva pieusement l'héritage du passé, et de nos jours les mêmes fleurs sont décernées le 3 mai après un choix rituel et avec un cérémonial plusieurs fois séculaire. Mais l'intervention royale apportait un changement et un progrès.

 

Le changement était, avec le nombre de membres, la tenue de séances régulières au cours desquelles les mainteneurs présentaient des travaux sur un sujet de leur choix.

 

Le progrès était l'impression d'un Recueil annuel des poésies primées, qui jusque-là n'étaient qu'enregistrées dans des registres internes. Sa diffusion donnait aux Jeux une audience nationale, Sa collection, de la fin du XVIIe siècle à l'heure présente, permet de saisir l'évolution du goût et de la mode dans la création poétique.

 

L'habitude prise à la Renaissance de distinguer des poètes célèbres qui n'avaient pas concouru se perpétuait par la désignation de maîtres. C'est ainsi que Voltaire fut nommé maître en 1747, Marmontel en 1749.

 

Pendant près d'un siècle, la nouvelle académie n'eut à récompenser que des œuvres qui de nos jours ne sont plus guère lisibles. Voltaire, avec ingratitude, raillait "Toulouse, avec son ridicule recueil des Jeux floraux et ses Pénitents des quatre couleurs". Mais ses propres vers sacrifiaient à la même grandiloquence. Ces défauts étaient aggravés par le recrutement des mainteneurs, pris en général dans la noblesse de robe, qui se cooptaient quand ils ne résignaient pas leur dignité à un membre de leur famille.

 

Les trois capitouls-bayles avaient été conservés, ainsi que la Semonce d'avoir à payer les fleurs, mais les magistrats municipaux multipliaient les querelles d'argent ou de préséance. Par un édit d'août 1763, Louis XV codifia dans le moindre détail un mélange d'anciennes pratiques et de règles nouvelles, qui régit encore de nos jours le recrutement des membres de l'Académie, son fonctionnement interne et le cérémonial de l'attribution des fleurs.

 

Un instant supprimée par la Révolution, l'Académie fut rétablie par le Consulat et vit sa composition simplifiée par la disparition des capitouls-bayles et du Chancelier. Ce dernier fut remplacé par le Préfet de la Haute-Garonne, mainteneur de droit, tandis que le Maire de Toulouse avait également un fauteuil réservé.

 

Le romantisme et la mode du genre Troubadour furent bénéfiques pour l'Académie. Victor Hugo, récompensé à dix-sept ans, était maître en 1820. Chateaubriand le fut en 1821, Baour-Lorman, un toulousain, en 1824, Chênedollé en 1827. Divers membres de l'Académie s'attachèrent à lire et à publier les vieux manuscrits de l'Académie, tandis que le goût de l'époque pour les faux faisait apparaître des registres imaginaires de poésies vantant Clémence Isaure.

 

Frédéric Mistral fut nommé maître en 1878, mais il fallut attendre 1895 pour que fussent rétablis les prix de poésies en langue occitane.

 

En cette fin de siècle, l'Académie eut à souffrir de la démolition d'une partie du vieux Capitole, où elle était hébergée, avec la statue de Clémence, dans le "salon octogone". Elle fut logée au Conservatoire, mais il s'avéra vite que la municipalité ne lui assignerait pas de local convenable. Un mécène, le banquier et mainteneur Ozenne, acheta et fit restaurer l'hôtel d'Assézat, un chef d'œuvre de la Renaissance, et en fit don à la Ville, à charge pour celle-ci d'y abriter les Académies, et au premier rang celle des Jeux floraux, l'hôtel prenant le nom d' « hôtel d'Assézat et de Clémence Isaure ».


Récemment, les Académies ont dû partager les lieux avec le Musée Bemberg, en échange d'une rénovation de leurs locaux. Celle-ci n'a pas affecté l'Académie des Jeux Floraux, dont le Salon blanc date des années 1760.