Lecture de M. Paul
Féron
 
17 décembre 2009


« Jean Peschard »



Jean Peschard, graveur, peintre, illustrateur, est né à Flers de l’Orne le 16 septembre 1928. Un frère le précède, huit autres enfants le suivront dans une famille très unie, aux ressources limitées. Son père est ajusteur et sa mère ouvrière corsetière. Un de ses concitoyens, Jean Chaudeurge, de vingt ans son aîné, second prix de Rome en 1936, le remarque et l’oriente vers les ateliers de gravure de l’École des Beaux-arts de Paris. Il se passionne en même temps pour le théâtre et s’intéresse aux œuvres d’Antonin Artaud puis au surréalisme. C’est alors que je l’ai approché. Ensemble nous avons découvert à bicyclette l’Alsace, le mont Sainte-Odile, le retable d’Isenheim pour lequel il eût un véritable coup de foudre. Deux ans plus tard il obtient un second grand prix de Rome de gravure, pour « l’homme entre le vice et la vertu » alors qu’en même temps il réalise le chemin de croix de l’église de Saint-Pierre-la-Vieille, près de Condé-sur-Noireau, terre de ses ancêtres.

En 1952, il illustre un ouvrage de Daniel-Rops : « La thérapeutique dans l’Ancien Testament » et en 1956 il obtient le premier grand prix de Rome de gravure sur le thème de la « Ville morte ». Les séquelles de la bataille de Normandie le frappèrent. Années de liesse en tout cas que ce séjour de quatre ans à la Villa Médicis.

La résidence parisienne l’amène ensuite à illustrer des ouvrages de bibliophilie, créant des gravures pour un éditeur de Dali. Pendant vingt ans (1968-1988), professeur assistant, il fut chargé des relations « arts plastiques et théâtre » au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. En même temps il anima un atelier d’arthérapie dans l’établissement psychiatrique l’Eau Vive, puis il s’oriente vers la sculpture, réalisant des céramiques et des bronzes. La municipalité de Flers l’encourage à exposer dans sa ville natale, et au-delà. Il s’y retirera au tournant du siècle, réalisant une mallette pédagogique d’aide à la découverte de l’art de la gravure.

Ces notes trop rapides ne suffisent pas à donner une idée de l’évolution profonde de l’artiste, de ses coups de cœur, de la densité de ses textes. On ne saurait trop recommander pour cette appréhension la monographie de Louis Le Roc’h Morgère, conservateur général du patrimoine à Caen.

Vivant de peu, Jean Peschard n’a pas d’atelier, faisant faire les morsures chez un ami et les tirages chez un taille-doucier. Les forces déclinent, il se réfugiera dans l’aquarelle. Le 2 juillet 2007, son cœur ne résistera pas à la dernière intervention chirurgicale. Puisse un historien retracer de façon plus approfondie les détails de son parcours.


Survol de l’ensemble de l’œuvre

Les thèmes, les supports, les techniques, les dimensions ont varié avec le temps. Quelques grandes lignes se dégagent cependant :

D’abord les « eaux fortes » quelquefois sur zinc, avec pointe sèche, ou sur cuivre ou sur acier.
La gravure au burin ou au sucre sur zinc.
La stèle en bronze, 295 cm, illustrera l’hommage à Philippe Paumelle.

La force physique déclinant, l’aquarelle deviendra l’image privilégiée, progressivement exclusive.
Les dimensions resteront modestes. Généralement inférieures à 20 m2, elles deviendront exclusives partir du tournant du siècle.

Au total près de cent œuvres seront répertoriées dans le catalogue de la Direction des archives du Calvados diffusé à l’occasion de l’exposition « De la source à l’estuaire » (2008).

Dans le dénombrement, on retiendra :
Une première période, riche d’eaux fortes, variant par leur support, qu’il soit d’acier, de zinc ou de pointe sèche couleur.
Une dernière période presque exclusivement constituée d’aquarelles de dimensions réduites.


Avec l'autorisation de Marie-Claire Peschard