Chansons poétiques primées





Lettre à celle que je serai demain

Chanson

Ayant mérité l’attribution du Prix de la Rose d’argent
à
Mme Juliette Vallery, de Portet-sur-Garonne et
M. Frédéric Bézanère.

 

D'où je t'écris, de ce corps d'aujourd'hui,
Toi ma jumelle
La moi d’un autre ciel
Promets d'être fidèle
              À tout ce que je suis
              À tout ce qui nous lie
              À ces mots que je crie

C'est une lettre,
Une lettre à celle
Que je serai demain
Pour parler du destin

Dans le miroir, le reflet de plus tard
Toi mon alter
La moi presque étrangère
Brille, garde ta lumière
              Conjure les visages gris
              Des espoirs évanouis
              Des espoirs engloutis

C'est une lettre,
Une lettre à celle
Que je serai demain
Pour parler du destin

Ça va si vite, cette chute qui précipite
Toi l’inconnue
La moi qui ne l'est plus
Qui es-tu devenue ?
              Refais machine arrière
              Rejoins ma stratosphère
              Et puise dans mes prières

C'est une lettre,
Une lettre à celle
Que je serai demain
Pour parler du destin

Si tu m’entends, dans ton espace-temps
Toi juste éclose
La moi métamorphose
Retrouve-moi si tu l’oses
            Prends mes rêves à pleines mains
            Et fais-en ton demain
            Et fais-en mon destin


***

Tomaszow

Chanson

Ayant mérité l’attribution du Prix de la Rose d’argent
à
Mme Sandra Bourguet, de Toulouse.

 

Et si l'on faisait, mon amour,
Un petit tour à Tomaszow…
Si l'on cheminait à rebours
Jusqu'aux ombres de notre alcôve ?
Jusqu' à ce chalet de bois clair,
Jusqu'à la chambre où l'on a mis
Une armoire et un lit en fer
Inconnus : que font-ils ici ?

Et l'on verra si le silence,
Ce merveilleux, si doux silence,
Celui que nous offrait septembre,
Est toujours là, à nous attendre…
Et dans le chalet, cette chambre
Qu'a fui la vie s'étonne encore
Que par un pâle matin de cendres
On ait bouleversé son décor.

Qu'importe ! Ce qui compte, au fond,
Plane toujours, là, dans l'alcôve.
Dis, mon amour, si nous allions
Refaire un tour à Tomaszow ?
Vois : mes cils battent la mesure
Au rythme de “Du holde Kunst”,
Triste ballade que je murmure
Tandis que l’été agonise…

Et si l'on faisait, mon amour,
Un petit tour à Tomaszow…
Si l'on cheminait à rebours
Jusqu'aux ombres de notre alcôve ?
Toujours, toujours sous ma paupière
Cette même perle en suspens
Tandis que tu restes de pierre
À mordre dans ton raisin blanc !

Mais tu restes sourd à mon chant ;
Alors j’étreins ta main glacée
Et, comme en rêve, je pars, laissant
Ton bavardage inachevé.
Oh… pourtant, comme j’aimerais
Retrouver cette couleur fauve
Que prenait la fin de l'été
Quand nous étions à Tomaszow…

***

NOUGAR HAUT

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’académie
à
M. Bernard Peyranne, Patrick Fried  et
Alex Lekouid.

 

 

 

Petit taureau emblématique
Fils d’Afrique et de Bel Canto
Tambourineur, manieur magique
De l’âme sonore des mots

Petit taureau mélomanique
Alter-ego des griots nègres
Tu as mis du rouge à musique
Sur les veines bleues de nos lèvres

Nougar, Nougar Haut
Nougaro si haut
Tu pars, tu pars, au
Paradis des mots.
En vers ou en prose
On a le cœur lourd
Car la ville rose
Perd son troubadour

Petit taureau si authentique
Brun occitan, chanteur de bleues
Tu étais né en poétique
Pour aussi bien chanter Toulouse

Petit taureau des deux tropiques
C'est le cancer qui a pris corne
Et l'autan pleure et l'autan tique
Entre les Corbières et Garonne

Petit taureau zouloutousain
Tu n'verras plus la rue du Taur
Mais les cloches de Saint Sernin
Carillonnent que tu n’es pas mort

Que ton étoile de taureau
Plus verte que l’eau de l'Amazone
Nous fait des signes depuis là-haut
Et dans la nuit froide fredonne

***

 

Le festin des rois

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’académie
à
M. Éric Carré, de Colomiers.

 

Debout près du feu rouge, ton carton à la main,
Tu réclames une pièce, parce que tu as faim.
Dans le cortège transparent des automobilistes blafards
Qui prient que le feudevienne vert pour ne pas croiser ton regard ;
Toi qui nage dans l'indifférence, cela n'effleure pas ta conscience,

Et tu rêves que tu t'en vas au Festin des Rois,
Où les Seigneurs à leur table ont gardé une place pour toi,
Pour les bons vins, le caviar et puis le foie gras, pourquoi pas ?

À l'aube d'un troisième millénaire plus ringard que les deux premiers
Où les progrès de l'humanité n'amènent que de la pauvreté
À deux mille ans de Joseph et Marie c'est la ruée des sans logis
Et de Jésus Christ à Coluche, toujours les mêmes hors de la ruche
Minorité majoritaire, des défilés contestataires

Ils rêvent qu'ils s'en vont au Festin des Rois
Où les Seigneurs à leur table leur ont gardé une place de choix,
Pour les bons vins, le caviar et puis le foie gras, pourquoi pas ?

(Solo)

Et tu rêves que tu t'en vas au Festin des Rois,
Où les Seigneurs à leur table ont gardé une- place pour toi,
Pour les bons vins, le caviar et puis le foie gras pourquoi pas ?

***

SI L'OCEAN

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’académie
à
M. Jacques Louvet, de Toulouse et
M. Didier Chmilewsky.

 

 

Si l'océan me prend
Et si je m'évapore
Un soir de vague à l'âme
Un soir de vague à l'âme
Si la mer me chavire
Si je saute le bord
Dans le grand bleu des lames
Dans le grand bleu des lames

Surtout ne pleurez pas
Surtout ne pleurez pas
Faites à vos mouchoirs
Un nœud marin de préférence
Gardez dans vos mémoires
Le début de l'histoire
Mon bateau qui balance
Mon bateau qui balance

Surtout ne dites pas
Surtout ne dites pas
Que j'aurais dû dormir
Dans le cocon des ports
À l’abri dans une anse
Que j'aurais dû finir
En skeeper de vacances
En skeeper de vacances

J'ai rejoint les marins
Qui jamais ne reviennent
Je suis parmi mes frères
Dans mon plus long voyage
C'est le chant des sirènes
Qui berce mon sommeil
Voilà que sur la mer
J’ai posé mes bagages
Voilà que sur la mer
J’ai posé mes bagages


***

J’ai reçu

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’académie
à
Mme Lise Martin, de Toulouse.

 

Il lui fallait une épaule
Ou un bâton, pour marcher
Il penchait comme le saule
Sous poids de ses regrets

Il lui fallait une oreille
Et un temps sans jugement
Pour retrouver le sommeil
Dans ses souvenirs bruyants

Et quand je suis venue
Donner ce que j'avais,
En retour j'ai reçu
La force des forêts

Il lui fallait un sourire
Pour sucrer un peu les heures
Où infusent les soupirs
Où macèrent les erreurs

Il lui fallait une main
Pour trier ses sacs de peine,
Et repeindre des matins
Sur les tasses en porcelaine

Et quand je suis venue
Donner ce que j'avais,
En retour j'ai reçu
La force des forêts

Il lui fallait un regard
Posé comme un tableau neuf
Sur les murs de sa mémoire,
Fatiguée d’un amour veuf

Il lui fallait quelques mots
A faire sonner pour demain
Pour que son cœur et ses os
Tiennent jusqu'au bout du chemin.

Et quand je suis venue
Donner ce que j'avais,
En retour j'ai reçu
La force des forêts