Chansons poétiques primées





D’Est en Ouest

Chanson

Ayant mérité l’attribution
du Prix de la Rose d’argent
à
Mme Barbara Deschamps, de Lapalud, dans le Vaucluse, auteur compositeur, et Mme Céline Hontaas, interprète.

 

Dites à mes amis que je suis partie pour aller vivre mon rêve.
J'ai quitté la vallée le vent et le soleil pour dériver d'est en ouest.

Je n'y peux rien si le chant des marins,
M'attire me berce et me retient,
Si les falaises que j'aime
à regarder
Ont la mer à leurs pieds.
Je sais bien que je ne suis pas née,

Du côté de l'occident,
Mais je veux vivre ce rendez-vous manqué,

Et aller dormir, au soleil couchant.

Dites à mes amis que je suis partie pour aller vivre mon rêve.
J'ai quitté la vallée le vent et le soleil pour dériver d'est en ouest.

Je vais aller installer ma maison,
En bout de monde en bout de terre,

Là où il n'y a pour tout horizon,
Que les oiseaux, les vagues, et la mer.

Je veux marcher le long de ces sentiers,
Dentelle en bord de continent,
Les yeux couleur de cette immensité,

Du bleu, d'un ciel, et d'un océan.

Dites à mes amis que je suis partie pour aller vivre mon rêve.
J'ai quitté la vallée le vent et le soleil pour dériver d'est en ouest.

Il leur faudra à force de m'aimer,
Venir me voir en ce royaume,
Où l'homme vit au rythme des marées,

Et les femmes, au retour des bateaux.
Moi qui ne suis ni Breton ni marin,
J'avais comme un jardin secret,
Un lieu de vie
à l'opposé du mien,
Au parfum, des embruns, de mon rêve

Dites à mes amis que je suis partie et que pour moi la route fut belle,
J'ai quitté la vallée qui m'a vu grandir pour aller, au bout de mon rêve.

 ***


Amna Latina

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’Académie
à
M. Primaël Montgauzi, de Rodez.

 

 

Sovent per la nèit de Tolosa
Saunegi deus amors perduts
T'auseishi tu ma vila roja
Plorar ta pena dens l'escur
Que'm brembi quan èran gelosas
De ta beutat e de ta votz
Paris, Florença, e Lisboa
Qui se hasèvan trobadors

Malaia, malaia, amna latina
Malaia, lauseta nafrada en plen vòl
Malaia, malaia, amna languina
Malaia d'un cant tocat en plen còr

Sovent per la nèit de Tolosa
Pensi deus poètas carats
E per la rua silenciosa
Passeja un aire desbrembat
Quaucom deu Bel Canto de Roma
De la museta de Paris
Deu triste fado de Lisboa
E deu flamenco de Cadis

Âme latine     

Souvent dans la nuit de Toulouse
Je rêve aux amours perdus
Je t'entends ma ville rouge
Pleurer ta peine dans l'obscurité
Je me souviens de quand elles étaient jalouses
De ta beauté et de ta voix
Paris, Florence et Lisbonne
Qu'elles se faisaient troubadours

Hélas[1], hélas, âme latine
Las, alouette blessée en plein vol
Hélas, hélas âme mélancolie
Las d'un chant touché en plein cœur

Souvent dans la nuit de Toulouse
Je pense aux poètes rendus muets
Et dans la rue silencieuse
Se promène un air oublié
Quelque chose du Bel Canto de Rome
De la musette de Paris
Du triste fado de Lisbonne
Et du flamenco de Cadix

Òc sovent perlas nèits mondinas
Que m'embriagui d'un bon vin
Bèvi a las glorias escantidas
Rudèl, Ventadorn, Godolin
E davant mos uelhs que s'aviva
Sobte'u saunei d'un aute hat
E l'astrada a punta de dia
Que buta mon còr a cantar

Sovent per la nèit de Tolosa
Amna latina te prègui hòrt
Que'vs apèri Paris, Lisboa
Granada, Roma, granas sors
Tanben mon còr 's plen de saudade
D'un vague-à-l'âme com a Paris
Tanben ma dolor a son duende
Deishatz-me cridar mon languir ! 

Oui souvent dans les nuits mondines
Je m'enivre d'un bon vin
Je bois aux gloires éteintes
Rudel, Ventadorn, Godolin
Et devant mes yeux se ranime
Soudain le rêve d'un autre destin
Et la première étoile[2] au point du jour
Pousse mon cœur à chanter

Souvent dans la nuit de Toulouse
Âme latin je te prie fort
Je vous appelle Paris, Lisbonne
Grenada, Rome, grandes sœurs
Mon cœur aussi est plein de saudade
D'un vague-à-l’âme comme à Paris
Ma douleur aussi a son duende
Laissez-moi crier ma tristesse !

 ***

Danse la fille 

Chanson

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’Académie
à
Mme Mathilde Blanc,
de Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine.

 

Danse, la fille, danse, la fille, celle qu'on n'voyait plus
Elle a le cœur en transe, le regard perdu
Ses hanches se balancent au son de la rue
Et la fille recommence et n's'arrête jamais plus

Danse la fille de l'eau, danse la fille de rien
Ça fait des jours on pense, on ne sait plus très bien
Elle relève sa frange, une fleur à la main
Une mèche de ch'veux orange entre ses deux seins
Car elle danse dans la rue - mais elle danse toute nue

Elle parle aux hirondelles et aux gens qui n'ont rien
Tout' la rue l'accompagne dans sa danse sans fin
Les passants la regardent et passent leur chemin
Se disent: "La pauvre fille est folle, elle montre son arrière-train !"
Oui, elle danse dans la rue et elle danse toute nue

La fille a l'habitude de ces regards en coin
Qui rient et qui s'amusent devant son air coquin
Un sourire pour la foule, un baiser pour l'humain
Et la fille de rien chantonne et reprend son refrain
Oui, elle chante dans la rue et elle chante toute nue

Un beau matin la fille croise sur son chemin
Un beau garçon d'la ville qui la prend par la main
Commence un long voyage vers ce pays très loin
Et il lui enfile sur la plage une robe de sable fin
Maintenant elle n'est plus tout' nue et n'le sera jamais plus



[1] "Malaia "exprime un malheur, une grande peine, voire une malédiction

[2] Astrada" signifie la première étoile du matin, mais aussi le destin