Poèmes en langue française









LAC D’ÔO
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE PRIMEVERE D’ARGENT
A
M. ROBERT CHANFREAU,
DE LABARTHE-RIVIERE, EN HAUTE-GARONNE.




Flamboie le rouge
Quand l'automne escalade
Ces pentes empierrées.
   
    Palpite en jaune
    Un feuillage nomade
    Tout prêt à s'envoler.

 Résiste en vert
Le sapin qui balade
Ses formes épurées.

Folle palette abrupte aux humeurs contrastées,
Dégringole en couleurs jusqu'à tes eaux glacées,
Attirée par l'espoir d'une vie prolongée
En instants de miroir et frissons de reflets.



***

LE SERPENT, LE MULOT ET LE HÉRISSON
FABLE
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UN SOUCI D’ARGENT
A
MME DOMINIQUE KIRCHNER,
DE FOURQUEVAUX, EN HAUTE-GARONNE.



Dans le coin isolé d'un jardin de banlieue
Résidait un hérisson ;
Il avait pour voisin un vieux mulot sans queue,
Aussi laid qu'un limaçon.

Ils étaient devenus, au fil du temps qui passe,
D'inséparables amis,
Et s'étaient arrangés, pour partager l'espace,
Avec toutes les fourmis.

Un jour un long serpent, franchissant la muraille,
Se dit : « Quel affreux mulot !
Son ventre est bien dodu, j'en ferai bien ripaille,
Ne soyons pas idiot ! »

Avec agilité, vers sa proie il avance,
Quand soudain il aperçoit
Le petit hérisson implorant sa clémence,
A genoux comme il se doit.

Aussitôt le reptile, en voyant cette bête,
Pensa ; « Drôle d'animal,
Il est appétissant, faisons-lui donc sa fête
Pour un festin idéal. »

Il salivait déjà : « Bientôt je te dévore !
Je t'avalerai tout cru. »
Et le voilà rampant vers notre insectivore
Bien tranquille, qui l’eût cru ?

Les piquants, tout à coup, comme d'agiles sabres,
Surgissent dans les airs,
Attaquent le reptile en des danses macabres
Et lui transpercent les chairs.

Sachez vous mesurer, ne soyez pas cupide ;
En désirant trop avoir,
Vous allez sûrement vers votre suicide,
Il est bon de le savoir.

***


LES PIEDS NUS SUR LA GREVE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UN NARCISSE D’ARGENT
A
MONSIEUR JO CASSEN,
DE MAUBEUGE, DANS LE NORD.



Il marche lentement les pieds nus sur la grève,
Solitaire.
Un clapotis léger de timide ressac,
Le reflet ondoyant sur la belle bleutée,
Le chuintement discret
D'un élégant rapace,
Et le frisson s'oublie où veille le désir.

La nuit porte le vent des étranges frontières ;
Inconnu,
Le monde de l'obscur révèle l'ouverture
Vers des rivages flous aux masques surprenants,
Des ilôts, la garrigue,
Des chapelets d'étangs,
Et l'esprit imagine où la vision s'égare.

Le pas dans la pénombre ignore les roseaux ;
Il progresse
Sans hâte, émerveillé, serein, libre, il conçoit
L'invisible aux attraits qui charment, ensorcèlent,
Oniriques appâts
D'un espace d'envie ;
Où la beauté du site ajoute au fascinant.

Demain le flamant rose ou les échasses blanches,
Le héron,
Le goéland railleur, diront la découverte
À quelque salicorne ou cormoran glouton,
D'une lande magique,
Les parfums enivrants
Où mille dieux jaloux ont voulu l'ineffable.


***


LA BELLE SAISON
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
M. PIERRE CLAMENS
DE PECHBONNIEU, EN HAUTE-GARONNE


Ouvrons nos yeux ma mie, quittons là nos doux rêves,
Laissons les s'envoler, nous les retrouverons!
Le temps est bien trop court et les heures si brèves!
Jouissons de tout ma mie: c'est la belle saison!

Partons sur les chemins à l'heure où te coq chante,
Voir s'embraser le ciel, tout au bout du vallon.
Y verrons-nous encor une étoile filante?
Faisons des vœux ma mie: c'est la belle saison!

Les merles amoureux s'époumonent de trilles,
Le zéphyr du matin réveille les buissons.
C'est la Saint-Jean bientôt, les garçons et les filles
Danseront nuit et jour: c'est la belle saison!

Vos yeux si doux ma mie, votre main dans la mienne,
Et nos deux cœurs unis, battant à l'unisson.
Bien plus heureux qu'un roi, j'ai fait de vous ma reine.
C'est là tout mon bonheur: c'est la belle saison!

Fermez vos yeux ma mie, reprenez vos doux rêves,
Je reste à vos côtés, murmurant votre nom.
Que notre amour si pur ne connaisse de trêve,
Aimons nous chaque instant: c'est la belle saison!


***


COMME SI…
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
M. GERARD OLIVIER,
DE PARIS.



Comme si le soleil sifflotait dans la rue,
Les deux mains dans les poches
D'un costume d'été;
Comme si le réveil d'un matin détendu
Apportait à la cloche
La nouvelle à sonner:
Je faisais comme si,
...
Il faut bien s'inventer loin des cours de l'ennui
Des raisons pour aimer.
Je faisais comme si...
Je faisais comme si...

Comme si c'était vrai que nous chantions ensemble
Dans les bras de l'amour
Un refrain disparu,
Comme si c'était vrai que nous dormions ensemble
La naissance à un jour
Que nous savions perdu;
Je faisais comme si
Mais vous n'étiez pas là.
Je faisais comme si
En chantant tra là là
Et la vie défilait triste au dessus des toits
Et la vie défilait comme si, comme çà...
Et la vie défilait comme si, comme çà...


***

THEATRE D’OMBRES
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
MLLE FRANÇOISE DE PERETTI,
DU BOUSCAT, EN GIRONDE.




Sur les arbres ruisselants d'oiseaux
miroitent les derniers ors du soir,
lorsque retentit dans le ciel un long cri de lumière.
Rite immémorial depuis les Origines,
le soleil quitte la scène,
dépouillé de sa cuirasse de feu qu'engloutissent les vagues,
il s'éloigne jusqu'à l'autre rive,
avive sa blessure à la flamme noire des cyprès hiératiques,
austères gardiens des liturgies perdues.
Des ombres, confidents impassibles,
ils trament sur leurs fuseaux obscurs,
le murmure indicible des Dieux
qui, depuis si longtemps, sur la mer s'en sont allés.
L'ombre insidieuse débusque les ultimes clartés.
L'abeille solitaire s'attarde sur quelques fleurs encore offertes,
puis titube sur le tamis serré des buissons embaumés.
À son tour, s'estompe le crépuscule,
dans le prisme éteint du ciel se mire un vol de tourterelles,
déversant sur les collines une clarté de cendres.
Plus douce se fait la musique du monde,
les arbres froissent leur silence,
l'ombre, délicatement, dénoue sa chevelure fourmillante d'étoiles,
dans le ciel vient d'éclore le lilas de la nuit.
Cette nuit bruissante de paroles indistinctes,
comme l'écho assourdi de lointains souvenirs,
un feu mal éteint,
dont, ma mémoire à vif ranime sans cesse les flammes.
Bientôt palpitera la ronde amoureuse des tendres colombes,
et sur l'autel des offrandes que cisèle la lune,
je dépose la toison d'or que tissent mes songes.


***

NEIGE
POEME
AYANT MERITE
UNE MENTION AVEC INSCRIPTION AU RECUEIL
A
M. ROBERT CHANFREAU,
DE LABARTHE-RIVIERE, EN HAUTE-GARONNE





Papillons floconneux qui butinent l'hiver,
Blanche frilosité ouatée dans son mystère
Qui voudrait faire croire à l'uniformité,
Trompant un paysage dans nos yeux aveuglés.

Anachronique valse au temps du tintamarre,
Tu danses ton silence sur nos vies qui s'égarent
Afin que ce tapis mollement répandu
Imprime quelques traces à nos chemins perdus.