Poèmes en langue française






Notre Dame de Paname

hymne à la Vierge

Ayant mérité lattribution
dun lys
à
Mme Angélique Provost,
de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

 

L'immense cathédrale a brûlé sans se rendre,
Que deviendra Paris sans votre amour, Madame ?
Quel est ce deuil étrange qui, depuis le drame,
Cherche votre sourire en ce manteau de cendre ?

Que deviendra Paris sans votre amour, Madame ?
Paris ce vaste autel où vous aimiez descendre
Cherche votre sourire en ce manteau de cendre
Pleurant plus de trois fois mille saisons en flammes.

Paris, ce vaste autel où vous aimiez descendre !
Souvenez-vous Marie, qu'un morceau de votre âme,
Pleurant plus de trois fois mille saisons en flammes,
Prie toujours rue du bac, depuis ce vieux novembre.

Souvenez-vous Marie qu'un morceau de votre âme
Chante encore à Paris: « Viens à mon cœur te pendre,
Prie toujours, rue du bac, depuis ce vieux novembre …
Alors je resterai au chevet de Paname. »



***

La difficulté d’être

Poème

Ayant mérité lattribution
dune Violette
à
M. Gérard Olivier,
de Paris.

 

Je ne comprends rien
À la chute des feuilles,
J'ignore tout du soleil,
Je méconnais les étoiles
Et me perds
Dans la lecture
Des cadrans solaires.

Je suis ce que je suis
Sans être ce que vous êtes
Et pourtant
Je suis ce que nous sommes.

Ainsi,
Dans la pierre
Qui protège son ombre,
Dans le nuage
Qui promène sa pluie,
Dans la source
Qui anime le miroir de la vie,
Dans le feu
Qui enflamme la symphonie des nombres
Et dans la précarité
Qui me conduit :
Je laisse vibrer
Tout ce qui me compose
Et vais bien au-delà des choses
En retenant mon souffle
Pour un baiser de rose ...

Et lorsque je m'interroge
Sur ce que je suis,
Sur la difficulté d'être
En dehors des frontières de l'ennui,
J'ai l'impression
De ne jamais finir de naître
Et de n'être en somme
Qu'un éclat de rire
Posé sur le cœur de la nuit.

Je suis ce que je suis
Sans être ce que vous êtes
Et pourtant
Je suis ce que nous sommes.

***


L’abeille et Cupidon 

Poème

Ayant mérité lattribution
dune Primevère
à
M. François Garavel,
de Caignac en Haute-Garonne.

 

Un matin Cupidon, maraudant au verger,
Voletant et rêvant s’en vînt là déranger
En son noble labeur l’abeille jardinière
Ce qu’elle lui peignit de cuisante manière…
Voici, le doigt bouffi, le chérubin en pleurs
Vers Vénus accouru : « Ô mère je me meurs !
Un méchant monstre ailé, plein de fiel et de rage,
M’a percé de sa flèche au mépris de mon âge ;
Fais-moi donc ton adieu, pardonne tous mes torts,
Car ce soir je serai dans le séjour des morts. »
Vénus hors de son bain juste à demi se dresse,
Fronce un peu le sourcil, non sans une caresse :
« Pour une mouche à miel je te vois bien pâmé ;
D’un petit aiguillon te voilà consumé !
Que dire des mortels que tes traits ont pour cible !
Penses-tu que l’Amour leur soit chose insensible ?
Sais-tu combien les cœurs s’échauffent chaque fois
Où pour te divertir tu vides ton carquois ? »


***


Empuse pennée

Poème

Ayant mérité lattribution
dune médaille  d’Académie
à
M. Jean-Pierre Carraro,
d’Ambarès-et-Lagrave, en Gironde.

 

Certains ont aperçu la Vierge,
D'autres on cru voir le Seigneur,
Beaucoup se contentent d'un cierge,
Le démon leur fait un peu peur.

Moi, je l'ai croisé ce matin,
Accroché à une brindille,
C'était un petit diablotin
Avec ses deux bras en faucille.

Deux longues cornes sur la tête
Lui donnaient un air agressif,
(Voilà une drôle de bête)
Il me surveillait, attentif.

Que faisait-il dans mon jardin
Ce petit diable de prairie ?
Diable, ce n'est pas anodin,
Plus dangereux qu'un canari !

Avec cette posture étrange
Sortie tout droit d'un film d'horreur,
Ce n'était certes pas un ange,
Il avait tout pour faire peur.

Une effroyable silhouette,
Un effrayant accoutrement,
Une prestance qui inquiète,
Un cauchemar assurément !

Son élégance disgracieuse,
Avec ses longs membres crochus
Fixait mon attention, soucieuse
De tous les paradis déchus.

Mais cramponné à sa branchette
Il avait l'air inoffensif.
C'était un diable d'opérette
Et je le détaillais, pensif.

Je ne verrai pas le Bon Dieu,
Pas plus le diable ou un miracle,
Mais cet insecte bien curieux
M'aura offert un beau spectacle.

***

Et les pivoines

Poème

Ayant mérité lattribution
dune médaille  d’Académie
à
Mme Sabine Aussenac,
de Toulouse.


Un vaisseau d'hortensias amarré
au muret et les pivoines,
crinolines en révérence, offertes au delta
de l'été.
Immensité d'un ciel changeant,
improbable rhubarbe chatouillant
les ronces.
Pommiers chenus ferment
les yeux sur nos antans,
tels Arbres de mai d'un éternel
combat.
La peupleraie des ans
murmure au granit apaisé,
chant moussu des
innocences.

À l'heure bleue des nuits grillons fous
susurrent secrets aux
salamandres.
Des astres en échos aux
lucioles filent,
silencieux.
Les yeux lilas de la source
gambadent vers le
ruisseau,
ressac ténu des mémoires.

Rossignol et coucou se
disputeront l'aube comme on
vole un soleil.
Timide, le bourdon titubera
d'allégresse vers la
pivoine empourprée, miroir des nuages.

***

Les inconscients

Poème

Ayant mérité lattribution
dune inscription au recueil
à
M. Gérard Olivier,
de Paris.

 

Ils ont fait pleurer les oiseaux,
Ils ont dévêtu la planète
Pour l'habiller d'une aigre fête,
De duvet mort et triste peau.

Il n'y a plus de jours nouveaux,
Beaux, souvenirs que l'on regrette,
Ils ont fait pleurer les oiseaux,
Ils ont dévêtu la planète.

Il ne subsiste qu'un roseau
Témoin d'une forêt déserte,
Qui pleure et baisse la tête
Car dans l'eau douce des ruisseaux,
Ils ont fait pleurer les oiseaux.