Poèmes en langue française







SUPPLIQUE À LA VIERGE

HYMNE A LA VIERGE

AYANT MERITE L'ATTRIBUTION

D'UN LYS D'ARGENT
à
MONSIEUR YVES DELAFOY
étudiant en lettres modernes à Paris


Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus roi

Le Mal s’est fait une béquille de votre Croix.

 B. Cendrars

  

Sainte Vierge, cette nuit sur l’océan lourd
Du rêve, votre visage m’apparut sur la grève.
Vous étiez sans colère, mais des larmes coulaient,
Des larmes de pitié inondaient vos yeux saints.

Dans la cathédrale immense, où brûle seul
Le cœur de votre Fils, la marée venait frapper
Le vitrail et le manteau des portes closes.
Seul un ivrogne faisait l’aumône à vos pieds.

Au buveur, accordez la paix simple d’une heure.
Accordez à ses mains le chemin du rosaire,
Qui rafraîchit le corps épuisé du pécheur,
Qui n’a que sa figure obscure à vous offrir.

Marie, Vous que le Temps ne pourra consumer,
Vous qui en plein midi et quand sonne minuit,
N’avez ni le remords ni l’orgueil du damné,
Allumez de vos feux le cœur des malheureux.


***

COSMOLOGIES
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE VIOLETTE D’ARGENT
À
MONSIEUR JEAN-PIERRE LAMBERT,
DE PESSAC, EN GIRONDE

Sólo vivo para romper uno a uno lors cordones invisibles que me vuelven pertenencia
sólo vivo para desprenderme y abordar el viaje cósmico de la muerte
Je ne vis que pour rompre un à un les fils invisibles qui me font dépendance
Je ne vis que pour me détacher et aborder le voyage cosmique de la mort.
Myriam Montoya, Vengo de la noche, Fugas


Tôt ce matin le tressaillement des vivants nous a réveillés,
et nous avons souri au soleil.
Puis sont venues les longues pluies de l’Atlantique, le crépitement des larmes sur les graviers de l’allée, et nous nous sommes réjouis de nos demeures.
Nous entendions les chansons d’amour par dessus les hauts murs.
D’autres cœurs battants, réveillant les nôtres.
Les lignes des peupliers nous disaient la fin du chemin,
Le rire des enfants, son début.

-

Nous sommes les gardiens de la terre, les Veilleurs de nuits immobiles
Nous sommes les regardeurs d’étoiles
Les contempleurs d’aurores les délégataires d’arcs en ciels.
Nous sommes les souvenirs d’amours dormant sous les poussières de très anciennes bibliothèques,
dans la mémoire des vivants,
dans le secret de pénombres tribales.
Nous sommes l’immanence nous sommes l’écume des jours,
l’indéchiffrable mystère de la mort.
L’Indéchiffrable Mystère de la Vie.
-
Que viennent les temps nouveaux, les temps de cathédrales invisibles
les grandes marées envahiront la terre ; de nouveaux golfes rejoindront les mers
des voies lactées seront les filles de comètes
pluies de feu, joies, pleurs de joies
vertes prairies, mondes en devenir, espoirs de lendemains, à nous l’éternité !
à nous l’éternité, à nous les grandes danses des nuits de Saint-Jean
la célébration de vendanges
la fête de vins nouveaux
Nous avons hâte de vous vivre, sabbats des temps passés
quand sur la pierre sacrificielle, les sorcières
célébraient les Noces de la Lune.

***

LES MOTS…
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UN ŒILLET D’ARGENT
À
MONSIEUR PHILIPPE BRECHARD,
DE SAINT-LUNAIRE EN ILLE-ET-VILAINE


Les mots parfois vont s’échouer
dans les demeures du silence
pour y rêver d’aubes nouvelles
y féconder d’autres pensées.

Les mots parfois sont des vitraux
qui s’éclaboussent de couleurs
quand s’agenouille la lumière
sur une terre fraternelle.

Les mots parfois sont des miroirs
pour refléter des sentiments
qui ne se livrent qu’à mi-voix
dans le secret des confidences.

Les mots parfois comblent des vides
tissés d’ennui drapés d’oubli
et donnent voix aux afflictions
en leur offrant visage humain.

Les mots parfois claquent à l’oreille
leur litanie d’ire et de cris
sur le théâtre des passions
jusqu’au parvis des déraisons.

Les mots parfois n’ont rien à dire
quand la parole est orpheline
et ne s’écrit qu’avec le sang
dans le jardin des solitudes.

Les mots parfois sont des histoires
des souvenirs ou des espoirs
et des chemins d’éternité
le soir venu à méditer.


***

LA HOULE

POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UN ŒILLET D’ARGENT
À
MONSIEUR PHILIPPE BRECHARD,
DE SAINT-LUNAIRE EN ILLE-ET-VILAINE



La houle qui ondoie
est pulsation marine
et gouverne les eaux
depuis l’aube des temps.

La houle qui s’avance
est de très haute mer
et traîne un long sanglot
sur la grève assommée.

La houle qui se brise
aux parois des récifs
jaillit dessus les flots
en gerbes cristallines.

La houle aux vents s’allie
et l’océan respire.
À la table des eaux,
la lune la précède.

Concert à ciel ouvert
avec harpe et violons
servant les grandes orgues
des grottes de Fingal.

***

MANEGE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UN SOUCI D’ARGENT
A
MONSIEUR CHRISTIAN RAYMOND,
DE LAGARRIGUE, DANS LE TARN


Et la page revient désespérément vide
Alors que je voudrais tout raconter de toi ;
C’est une goutte d’eau, une larme sans ride
Où mon crayon se perd comme se perd ma voix.

La page du cahier s’étire en interligne ;
Il faut chercher le mot qui te dira pourquoi… ;
C’est difficile au cœur mais c’est peut-être un signe,
Un aveu délirant, tout un acte de foi.

C’est une goutte d’eau tout au bord de ma lèvre,
Un coup de poing muet pour ne pas être un cri,
Une larme de feu qui mesure la fièvre
Au front de mon amour, sous ta main, à l’abri.

La page de mes yeux s’étire en interligne
Aux contours du crayon, pour mieux parler de toi ;
Je meurs sans signature et puis je contresigne
Un petit mot tout seul que je laisse… sans moi.

Je me retrouve seul, sans une goutte d’eau,
Un coup de poing muet pour ne pas être un cri ;
T’aimer demain ou hier, c’était déjà trop tôt ;
Ce petit mot pour toi… je le mets à l’abri.

Et la page revient, désespérément vide
Alors que je voulais tout raconter de toi ;
C’est une goutte d’eau, une larme sans ride,
Un crayon qui se perd sur un acte de foi,
C’est une goutte d’eau, une larme un peu vide
Où mon crayon se perd comme se perd ma voix… !


***

JE T’INVITE AU VOYAGE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
MONSIEUR JEAN LEO,
DE CUGNAUX, EN HAUTE-GARONNE

Les éclairs et la foudre obscurcissent le ciel,
Sa voile déployée au cœur de la tempête,
Bravant la haute vague et l’abysse cruel
Elle va son sillon la fière goélette.

Sur ses flancs exposés s’abattent les embruns,
Et le vent fait gémir sur le mât de misaine
Les huniers et craquer le grand mât fait de chêne ;
Dans les vergues, gabiers et matelots communs

Tentent de manœuvrer sous l’œil du chef de hune.
Mais voici qu’on s’agite en haut où le guetteur
A crié : « terre, terre », et miracle la lune
Éclaire un coin de mer et guide le barreur.

Hélas ! c’est un récif. Et la corne de brume
A retenti glaçant l’équipage d’effroi.
Pourtant, comme un fanal qui traverse l’écume,
Solide et vaillamment dressé comme un beffroi,

Je suis là, éprouvé mais debout, solitaire,
Immobile, planté sur le bord de la mer,
Un phare, ô goélette, et mon feu qui t’éclaire
Te conduit à bon port non dans le gouffre amer.

Laisse-moi te guider dans une eau plus tranquille,
Tu y feras relâche, et de ces vieux gréements,
De ces haubans rouillés, de cette pauvre quille,
Je ferai ce navire où voguent les amants.

Et quand tu seras prête à quitter le rivage
Prends-moi pour capitaine, invite-moi à bord,
Nous irons par les mers, même plus loin encor
En des lieux inconnus… Je t’invite au voyage.

Je t’invite au voyage, à quitter ces endroits
Où tu as tant souffert, où fut lourde ta peine.
Je tisserai un rêve où tu seras la reine,
Où je serai pour toi le plus tendre des rois ;

Je ferai de nos nuits, ardentes si tu l’oses,
Des tableaux en couleurs, des parfums enivrants,
Nos jours seront d’ivresse, et sur ton cou des rangs
De perles, dans tes yeux feront des teintes roses.

Mais si tu repartais me laissant sur ces bords,
Je garderais toujours précieux comme une image
Pieuse au fond du cœur, ton rire, ton visage,
La douceur de tes mains, la chaleur de ton corps ;

Et j’irais solitaire arpentant le rivage
Qui a vu nos amours et les a vu finir,
Où naquit notre espoir et qui le vit mourir ;
J’irais seul à jamais étranger et sauvage.

Et quand viendra le temps de mon dernier soupir,
J’emporterai là-bas comme ultime pensée,
Comme un dernier voyage, ô belle fiancée,
Comme un dernier baiser, ton tendre souvenir.

***

MARINE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
MONSIEUR PIERRE TOMEÏ,
DE SAINT-RAPHAËL, DANS LE VAR


Face à la mer antique,
Je songe, romantique,
Sur un rocher bruni ;
Je contemple la vague
Et mon esprit divague,
Tourné vers l’infini.

A l’horizon magique,
Le soleil, nostalgique,
Se mue en ostensoir
Et la lune charmeuse
Sur la mer endormeuse
A trouvé son miroir.

Sur l’onde calme et lisse
Une tartane glisse :
Le patron désormais
Veut traquer, à la brune
Tous ces poissons de lune…
Qu’il ne prendra jamais.

Parfois la silhouette
D’une blanche mouette
Plane dans l’air brumeux ;
Le ressac, peu sauvage,
Vient baiser le rivage
De ses flots écumeux.

Une légère brise
Sur les eaux qu’elle frise
Amène sa fraîcheur ;
Et, dans une humble crique
Veille, mélancolique
La barque sans pêcheur.

Quelques rares étoiles
Ont transpercé les voiles
De la nuit qui descend ;
Le phare, sur la digue
À la ronde prodigue
Son regard caressant.

Seul, brise le silence
L’esquif qui se balance
Dans un coin du vieux port ;
C’est l’heure enchanteresse
Où règne la paresse
D’un monde qui s’endort.

Envoûtante nature,
Appel à l’aventure,
Refoule mon émoi
Quand je pense à ma belle,
Amoureuse et rebelle,
Qui prit la mer sans moi


***