Poèmes en langue française






Je vous salue Marie !

Hymne à la Vierge

Ayant mérité l’attribution
d’un Lys
à
M. Guy Aymard,
du Pontet, dans le Vaucluse


Je vous salue, ô Reine entre toutes les reines !
Je viens, dans ce chevet, m'incliner devant vous;
Vous êtes secourable aux pleurs des cantilènes,
Aux fièvres des regards, aux serments des genoux.

Je vous salue, ô Douce entre toutes les douces !
Et j'attends sur mon front le doigt consolateur.
La chaleur sur ma main gelée aux lunes rousses,
Et sur mes errements, l’oubli du créateur.

Je vous salue, ô Forte entre toutes les fortes !
Celle
en qui se défont les affronts et les cris.
Je sais que, par vos mains, peuvent s'ouvrir les portes,
Je sais que, par vos yeux, s'élèvent les proscrits,

Je vous salue, ô Juste entre toutes les justes !
Vous redonnez l'espoir
aux pécheurs comme aux purs,
Au nom du fruit béni, tendre
à vos pleurs augustes,
Laissant
filtrer le jour en nos chemins obscurs.

Je vous salue, ô Femme entre toutes les femmes !
Et
vous lance ardemment cet « ora pro nobis »
Pour que Jésus sursoie
à nos morts par les flammes,
Par le pouvoir sacré des mères sur leur fils.

Je vous salue, ô Sainte entre toutes les saintes !
Je n'ai guère à donner qu'amour à défaut d'or,
Mais je peux
vous offrir un bouquet de jacinthes
Qui poussaient dans les trous de mon long corridor.

Je vous salue, ô Vierge entre toutes les vierges !
Je ne veux rien pour moi, tout pour le
genre humain.
Que la chair ne soit plus, sans tache, en proie aux verges,
Et que celui qui cherche atteigne votre main !

Je vous salue, ô Mère entre toutes les mères !
Toujours prête
à serrer les doigts de votre enfant
Vous offrant en rempart
à ses fureurs amères
Devant l'immensité du crime triomphant.

Je vous salue, ô Cœur qui jamais ne varie !
Pour ce bel enfant blond dont le sang fut versé !
Je te salue encore, ô Maman, ô Marie !
Par le temps qui passa, qui passe, aura passé !





***

Irréelle

Poème

Ayant mérité l’attribution
d’une Violette
à
M. Christian Attard,
de Gragnague, en Haute-Garonnne.

Elle passait irréelle
Sur le pont du grand paquebot
Comme sortie d'une nouvelle
Ou d'un tombeau.

Moi, j'approchais d'elle
Comme on le fait d'un grand oiseau,
En regardant ses ailes,
Sans un seul mot.

Du flot des hélices,
Sur des cris de sirènes,
Remontaient des abysses
Des reflets de murènes.

Il suffit que mon ombre, mon ombre,
D'un souffle l'affola,
Pour que dans la pénombre,
Elle fit, elle fit juste un seul pas.

Et sous elle, l'écume
Écarta son linceul,
Me laissant dans la brume,
Aussi frêle que seul.

Elle passait irréelle,
Sur le pont du grand paquebot
Comme sortie d'une nouvelle
Ou d'un tombeau.

***


Une page

Poème

Ayant mérité l’attribution
d’un œillet
à
M. Francis Amphoux,
de Générac, dans le Gard.

 

Je suis une page volante
Quittant mon cahier d'écolier,
J'ai promené ma vie errante
Dans mon costume quadrillé.
J'ai subi bien des agressions,
Déchirée par le coléreux,
Souvent sans mauvaise intention,
Oubliée par le paresseux.

Mais un grand bonheur m’attendait.
C'était un vieux crayon, bien sage,
A la mine désappointée ;
Nous avons parlé… « de voyages ».
Alors, cessant d'être légère,
J'ai cru bon de subir ses mots,
Sans comprendre par quel mystère
Mon vieux crayon s'était fait stylo !

J'ai endossé bien quelques rimes,
Des pamphlets souvent percutants,
Mais j'ai dû être magnanime
Devant des textes… déconcertants !
La joie d'une feuille volante
Hélas ! ne devait pas durer.
Une muse, belle intrigante,
A fait de lui, un forcené !

Quand ses vers plaisent à sa belle,
Il me range à ses côtés
Et je rejoins la ribambelle
Des textes chantant sa beauté.
C'est mon destin je le regrette !
Une page, c'est seulement fait
Pour que la muse et son poète
Puissent souvent se rencontrer.



***


La fille de l'hidalgo

Poème

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’Académie
à
MmeSharon Deslignères,
de Paris.

 

Je voguais autrefois, sur les mers argentines,
Essayant d'oublier, sous des cieux indigo;
Les plaisirs de jadis, les grâces enfantines,
La chevelure éparse et les façons mutines,
Les pas aériens, dansant le fandango,
De la fille d'un noble, un superbe hidalgo.

Je n'étais qu’un marin, non pas un hidalgo.
De loin, je contemplais leurs fêtes argentines
Et la flamme et l'allant du joyeux fandango.
Elle tournait vers moi ses grands yeux indigo :
Me regardant en coin,  ses prunelles mutines
Me parlaient, sans détours, d'ivresses enfantines.

Rêves, illusions, chimères enfantines…
Elle épousa, contrainte, un altier hidalgo.
Je ne baiserai plus ces lèvres si mutines,
Parti sur une nef aux voiles argentines;
Cinglant vers l’horizon, sur la vague indigo,
Qui saute et qui bondit, dans un vif fandango.

Je ne connaîtrai plus l'entrain du fandango
Les vertiges d'antan, les ardeurs enfantines.
Ma vie est un brouillard, une chape indigo,
Bien que je puisse vivre ainsi qu'un hidalgo
Dans mon nouveau pays, aux rives argentines,
Où les filles sont flirt, coquettes et mutines.

Peu me chaut leur beauté, leurs œillades mutines !
Elles se moquent bien de notre fandango.
Il leur faut des bijoux, des chaînes argentines,
Des bibelots, chichis et choses enfantines.
Elles ne visent pas un morose hidalgo,
Mais un homme plus riche, un marchand d’indigo.

Petits pieds gracieux, beau regard indigo,
Nuits brûlantes d’hiver aux caresses mutines…
Ton fils - c'est ton secret - n'est pas un hidalgo.
Il naquit ; tu mourus. Un dernier fandango ?
Viens goûter, dans l’écume, aux douceurs enfantines.
Entends-tu, sous les flots, les cloches argentines…

…argentines clameurs, en ces fonds indigo…,
Ces enfantines voix de naïades mutines,
Ce fandango chanté, pour nous, belle hidalgo ?



***

La beaute du monde

Poème

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’Académie
à
Mme Marie-Françoise Guillet-Berton,
du Havre, en Seine-Maritime.


La mer est devant moi, précieuse, étincelante,
La vague sur l'estran caresse mes pieds nus,
Susurrant sous mes pas des refrains inconnus.
Je vais sous le ciel bleu, heureuse, nonchalante ;

Un soleil généreux, de sa main rayonnante
A teinté l'horizon en rose et vert diffus ;
Dans le jour finissant, les flots sont revenus,
Peu à peu jusqu'au bord de la plage accueillante

Sur la dune, les fleurs, messagères d'espoir,
Chardons bleus, ajoncs d'or, dans la douceur du soir,
Du soleil qui s'en va promettent le retour.

Bel oiseau de passage à l'humeur vagabonde
Emportant avec toi les derniers feux du jour
Chante moi le sonnet de la beauté du monde !


***

Vagabonds

Poème

Ayant mérité l’attribution
d’une médaille d’Académie
à
M. Romain Dubos,
de Paris.

  

Comme un ruisseau dont les flots se déplacent
De val en val et ne trouvent repos,
Comme le vent qui déforme et qui chasse
De ces nuages les plus beaux

Comme une idée à la course changeante
Qui dans sa  fuite renverse le goût,
Comme une joie où les âmes s’enchantent
Qui devient larmes tout-à-coup

Comme le temps qui traînant au baptême
Tantôt se presse ou modère ses bonds,
Comme le jour qui n'est jamais le même,
Ainsi nous sommes vagabonds