Prix des Jeunes poètes

Catégorie des 16-26 ans


AU NOM DE SON FILS

SONNET
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
DU PRIX DES JEUNES POETES
A
ANGELIQUE PROVOST
DE ST MAURE DES FOSSES, DANS LE VAL DE MARNE.


Sa main s’était levée dans la grâce d’une aile
Et dans le bruissement d’un manteau de lin blanc,
Qui se laissait aller, petit page indolent
Sur la peau de coton aux douceurs de flanelle.

Son front fut le premier marqué par la dentelle
Du serment, en trois temps, que l’on fait le pas lent,
Pour mieux creuser encor le sillon plus violent
Que les mots « … Et du Fils » gonflaient d’eau et de sel.

Elle prenait enfin sur ses épaules brunes
Le dernier sacrifice et la dernière lune
De l’enfant qu’elle aima pour l’avoir tant porté.

Il avait à son tour voulu prendre en son sein
Le monde, un autre enfant par le sang racheté ;
Chaque signe de croix rappelait le larcin.

***

LE PECHE ET LE DESIR

POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE DE VERMEIL
A
BASTIEN LHEZ
ÉTUDIANT A L’UNIVERSITE JEAN-JAURES, A TOULOUSE.



L’angoisse du péché et l’ardeur du désir
Tour à tour se défient et se livrent duel.
Jour à jour l’un plus vif et l’autre plus cruel,
Se dévorent sans vaincre et longuement s’expirent.

Trouverais-je en mon cœur un asile isolé
Du trouble où me condamne une telle querelle ?
Car mon cœur est un puits qui n’a point de margelle.
Je sombre avec terreur aux tréfonds désolés.

L’angoisse du péché et l’ardeur du désir
Consacrent leurs efforts à me déposséder,
Et moi, trop indécis, je ne veux rien céder.
Mon corps au fond du puits sombre en éclat de rire.

***

DECOUVRIR PAR HASARD

POEME
AYANT L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE DE VERMEIL
A
LUCIE DEJEAN
ETUDIANTE A L’UNIVERSITE PAUL SABATIER A TOULOUSE



Découvrir
par hasard
dans le flot de la foule
d’un geste
un regard
à apprivoiser.

***

PLUIE


POEME
AYANT L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE DE VERMEIL
A
LUCIE DEJEAN
ETUDIANTE A L’UNIVERSITE PAUL SABATIER A TOULOUSE


Il avait plu sur la ville
L’eau sur les toits scintillait dans la nuit
On voyait le reflet de la lune dans la rue
La chaleur du pavé n’était qu’un souvenir
Les nuages au loin s’en étaient allés
Cet orage d’été apportait le repos
Les hommes dans leurs lits pourraient bientôt rêver
Et garder à l’oreille la chanson de la pluie.


***

LES CARAFES


POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
ANTONIN MONEGER
ETUDIANT EN CLASSES PREPARATOIRES AU LYCEE PIERRE DE FERMAT



J'ai bu une carafe d'eau douce
De petite femme non-alignée
De lune rousse
Je fus l'ange et le bouvier
Et j'étais le fils de personne…
Bon à lier.

J'ai bu une carafe d'eau brisée
Dans laquelle des éclats de rire
Surnageaient
Comme ces petits bouts de glaces
Qui ont dérivé à leur gré
Puis s'effacent.

J'ai bu une carafe d'eau sourde
D'eau-de-vie trop vite avalée
La gourde
D'un désir se vidait sans le dire
Je cherchais de démarche lourde
Le plaisir.

J'ai bu une carafe d'eau de mer
Drainée au fond de mon gosier ;
Mes paupières
Recueillaient l'eau évaporée ; Sel
Fit fondre les neiges d'hier
L'or, le gel.

Et j'ai bu une carafe d'eau rouge :
Puis tué la mère de Salomé
Dans un bouge.
Or je me meurs de soif au bord
De la fontaine ou le carouge
S'est tu. Dort.

***

LETTRE D'UN POILU A SA BIEN-AIMEE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
BLANCHE FRIZAC
ETUDIANTE A LA CROIX ROUGE FRANÇAISE DE TOULOUSE


Verdun, Février 1916

Chère Marie,

D’une main maladroite, je griffonne pour toi
Sur cette feuille brunie par la boue des tranchées,
Ces quelques mots sincères qui surgissent en moi
Comme le trait final de toute ma destinée.

J'aimerais tant te dire tout l’amour de mon cœur
Mon regard dans le tien, le genou gauche à terre,
Te chantant amoureux ma joie et mon bonheur,
Mais je suis seul là-bas en cette nuit d'hiver.

Je ne suis qu'un enfant au cœur de ces tranchées,
Mais un soldat très fier de défendre sa patrie !
Tu sais que je suis prêt à tout lui sacrifier,
Et même, sans hésiter, à lui offrir ma vie.

À cette dure nouvelle, lors ne pleure pas
Car je suis résigné et l’accepte sans peur :
Ne m'attends plus chez nous, je ne reviendrai pas.
Je suis tombé ce soir. Deux balles près du cœur.

Je devine les larmes qui voilent tes yeux bleus,
La douleur qui te ronge et tes lèvres qui prient.
Je t'aime tant Marie ! Laisse-moi dire adieu
À celle qui a été le sourire de ma vie !

À Verdun je demeure, au rang des sacrifiés,
Pour la France immortelle qui vivra à jamais
Sous cette terre humide, dans ce tombeau scellé,
Dans les âmes et les cœurs de ses enfants français !

En ces derniers instants, je te fais la promesse,
Que la France par nos morts fêtera la victoire,
Car ta force d'un peuple prend vie dans sa jeunesse,
Qui écrit de son sang les pages de son Histoire !

Ma poitrine oppressée très faiblement respire,
Mes forces m'abandonnent, la nuit voile mes yeux.
Tout me semble si calme sans la peur de mourir.
Mon âme est en paix prête à entrer aux Cieux !

Catégorie de moins de 16 ans


LE CORDELIER ET LE RENDEZ-VOUS
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
DU PRIX DES JEUNES POETES
A
ROMAN TOMCZAK
ÉLEVE AU COLLEGE CHAUMETON, A L’UNION (HAUTE-GARONNE)

 

Maître Cordelier, sur un arc-boutement perforé,
Tenait en son bec-de-corbeau un front.
Maître Rendez-vous par l’œillère alloti,
Lui ternit à peu près ce lansquenet :
« Hé ! Bonsoir, Monsieur du Cordelier.
Que vous êtes jouissant ! Que vous me semblez bégayant !
Sans mériter, si votre ramassis
Se rassasie à votre plumet
Vous êtes le phénoménisme des houblons de ces boitements. »
À ces moteurs-fusées le Cordelier ne se série pas de jonction ;
Et pour mordiller sa bénédictine volée,
Il ozone un large bec-de-corbeau, laissant tontiner sa prolixité.
Le Rendez-vous s’en salopa, et disconvint : « Mon bonifié Monsieur,
Approuvez que tout flegme
Vit aux dépigeonnages de celui qui l’écrit :
Cette légende vaut bien un front, sans dragage. »
Le Cordelier, horodateur et congréganiste,
Klaxonna, mais un peu tellement, qu’on ne l’y préréglerait plus.


***
L’INSTANT
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE DE VERMEIL
A
LIDY SAINT-REMY
ÉLEVE AU COLLEGE SAINT-LOUIS, A TOULOUSE


Je suis la pluie affleurant le lac
J’aspire les cris fissurant les âmes
J’exhale la souffrance condamnée sous les masques
J’imbibe leurs songes, la couleur de leurs larmes

Les saisons fuient, inerte j’erre à cet endroit
Au coin de mes lèvres, mon cœur empli d’effroi
Je laisse couler mes peines, dériver mes sanglots
Et en à peine un instant, la pluie coule à flot

Brusquement je défaille, mes genoux s’échouent dans le vide
Doucement je me brise, mon cœur devient liquide
Sournoisement je subis, cette douleur m’assaillant
Lentement je m’incline à ce chagrin oppressant

Les interrogations sont muettes autant que les réponses
Je ne suis qu’un être sans espoir, une indicible once
Je n’ai ni sang, ni veines, je suis juste le temps
Je n’ai ni esprits, ni rêves, je suis juste l’instant.

***


LA VILLE
SONNET
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE DE VERMEIL
A
ANTOINE CIRCUNS
ÉLEVE AU LYCEE JEAN-PIERRE VERNANT,
A PINS-JUSTARET (HAUTE GARONNE)




Les gratte-ciel ternes dans leur robe béton,
Et leurs mille fenêtres qui côtoient les nues,
Les panneaux colorés, les passants, l’avenue,
Et sous terre, le métro, immense python.

L’ode des klaxons, des freins, des pneus qui crissent,
La rumeur marchande d’une rue agitée,
Les foules pressées, anonymes irrités,
Morne société empreinte d’avarice.

Quelques brins d’herbes poussent entre deux pavés,
De vieux troncs tortueux dominent les trottoirs,
Ici règne le gris et ses tons délavés.

La nature malade, la ville un mouroir,
Métropole, tu es sordide et dépravée !
Nécropole, immense et toxique fumoir !

***


MARINE
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
CELIAN MASSIP
ÉLEVE AU COLLEGE DU GIRBET, A SAVERDUN (ARIEGE)




Il pleut ce soir
Là-bas la côte se donne à voir

J’ai retrouvé

Ce refrain de mes jeunes années
Je l’ai retrouvé dans mes pensées

Il pleut ce soir
Là-bas la côte se donne à voir

Je l’ai trouvée
Avec la nostalgie du passé

La mer est là
Elle est le support de mes émois

Il pleut ce soir
Là-bas la côte se donne à voir


***

BALADE A PARIS

POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A LEA RAYNAL ET MYRIAM GONCALVES
ELEVES AU COLLEGE GEORGES ROUQUIER, DE RIGNAC (AVEYRON)




Enfin je l’aperçois, la grande dame de fer
Elle aime se faire photographier sous ses grands airs
Parée de sa plus belle robe de soie argentée
Sa majesté est habillée par les plus grands couturiers

Embarquée sur la Seine, bercée par les flots
Je me laisse porter par la danse de l’eau
La lumière scintille sur son costume le plus beau
Mon regard se noie dans la valse des cristaux

Soudain se dresse devant moi
La majestueuse pyramide de verre
Colorée par le ciel, reflétant sa lumière
Devant elle, je ressens une ambiance familière

Les paysages défilant devant mes yeux
Je navigue sous le grand pont des amoureux
Légende des clés jetées dans la Seine
L’amour coule dans ses veines

Je termine ma balade à Paris
La nostalgie me poursuit
Paris je te promets, je reviendrai
Pour continuer à admirer ta beauté

***

UN DE PERDU
POEME
AYANT MERITE L’ATTRIBUTION
D’UNE MEDAILLE D’ARGENT
A
SWANN VUILLAUME
ÉLEVE AU COLLEGE CHAUMETON, A L’UNION (HAUTE-GARONNE)


On dit toujours : « Un de perdu,
Dix de retrouvés ! »,
Mais on ne m’a jamais dit
Que les dix de retrouvés
Ne valaient pas celui qu’on a perdu.


***

Catégorie des élèves de CM2



LOINTAIN UNIVERS
POEME
EXTRAIT DU TRAVAIL COLLECTIF DE LA CLASSE DE CM 2
DE L’ÉCOLE ELEMENTAIRE LAPUJADE, DE TOULOUSE,
AYANT OBTENU LE PRIX DES JEUNES POETES





Étendue infinie,
Remplie de vide.
Dans cette galaxie,
Il n’y a pas de solide.

Loin de notre planète,
De notre atmosphère.
Au-dessus de nos têtes,
Au-delà de notre système solaire.

Peut-être une autre Terre,
Avec de multiples atmosphères.
Ou peut-être…

Nous sommes les seuls êtres.
On ne le saura peut-être…
Jamais !